U n t r a i np e u te nc a c h e ru na u t r e
       
 

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Rail Movie
Les portières s’ouvrent. Il s’en écoule un flot de voyageurs au regard absorbé. Je me hisse dans le wagon, pénètre dans le compartiment ; je me cherche une place tranquille à la fenêtre, je suspends ma veste à la paroi et je me blottis dans le coin. Lentement, la gare se met à glisser vers l’arrière, avec ses escaliers, ses bancs, ses publicités, ses inscriptions. Toujours plus rapides, les poteaux, les piliers, les fils électriques et les rails défilent dans un chuintement. Le paysage s’ouvre. Quel temps fait-il ?

Entre le départ et l’arrivée, je me sens en de bonnes mains. Il est inutile d’aspirer à quoi que ce soit, d’entreprendre quoi que ce soit. Pas de temps à rattraper, à économiser. Dans une courbe, je peux observer comment le train penche élégamment, entraînant tous ses segments derrière lui, sans peine apparente. Ce n’est que rarement qu’on peut voir les rails, dont la surface large de quelques centimètres représente le seul point de contact avec la terre. Comme un long animal de fer, le train serpente à travers le paysage. Il porte dans son ventre des centaines d’humains, il couve ces individus qui lisent, qui rêvent, qui discutent, qui dorment, et puis il les remet au monde, sous l’abri protecteur d’une gare.

La revue que j’ai achetée pour le voyage ne quitte pas mon sac. Je préfère me concentrer sur la fenêtre. Des formes, des couleurs, des lignes, le premier plan, l’arrière-plan, tout paraît également important. Les différents niveaux confluent. Parfois on peut capter d’un seul regard ce qui se déroule devant et derrière la vitre, et ce qui s’y reflète. Je tente de suivre le jeu de ces phénomènes toujours changeants. Les images, qui surgissent puis se dissolvent, défilent comme dans un rêve. Même l’article de journal le plus intéressant, le livre le plus captivant ne peuvent rivaliser avec ces apparitions. Je suis assise là, comme absente, je laisse les rayons de lumière traverser ma pupille et parfois l’objectif de mon appareil photographique, et je m’immerge dans ce rail-movie fascinant, avec ses couleurs, ses atmosphères, ses rythmes toujours neufs.

Traduction : Etienne Barilier

Railmovie
Die Zugtüren öffnen sich. Die Leute strömen mit zielgerichtetem Blick heraus. Ich hisse mich in den Waggon, trete ins Abteil, suche einen stillen Fensterplatz, breite die Jacke gegen die Wand und kuschle mich in die Ecke. Langsam gleitet der Bahnhof mit seinen Treppen, Bänken, Reklamen, Inschriften weg. Immer schneller sausen Pfosten, Pfeiler, elektrische Leitungen, Schienen vorbei. Die Landschaft öffnet sich. Wie ist das Wetter?

Zwischen Abfahrt und Ankunft fühle ich mich gut aufgehoben. Es ist unnütz, irgendetwas zu erstreben oder zu unternehmen. Es gilt keine Zeit nachzuholen oder einzusparen. In einer Kurve kann ich beobachten, wie sich der Zug elegant neigt, alle seine Segmente scheinbar mühelos nach sich ziehend.  Nur selten sind die Schienen zu sehen, deren wenige Zentimeter breite Fläche den einzigen Berührungspunkt mit der Erde bildet. Wie ein langes Eisentier schlängelt sich die Bahn durch die Landschaft. Sie trägt in ihrem Bauch Hunderte von Menschen, brütet diese lesenden, träumenden, diskutierenden, schlafenden Individuen aus und bringt sie dann im Schutz eines Bahnhofs wieder zur Welt.

Die Zeitschrift, die ich für die Reise gekauft habe, bleibt in der Tasche. Ich ziehe es vor, mich auf das Fenster zu konzentrieren. Formen, Farben, Linien, Vordergrund, Hintergrund, alles scheint gleich wichtig. Die verschiedenen Ebenen fliessen zusammen: Manchmal kann man auf einen Blick erhaschen, was sich vor und hinter der Scheibe abspielt und was sich darin spiegelt. Ich versuche, dem Spiel der dauernd wechselnden Erscheinungen zu folgen. Die auftauchenden und gleich wieder zerfliessenden Bilder ziehen wie in einem Traum vorbei. Auch der interessanteste Zeitungsartikel und das spannendste Buch können es nicht mit diesem Fensterkino aufnehmen. Selbstvergessen sitze ich da, lasse die Lichtstrahlen durch meine Pupille und von Zeit zu Zeit durch das Objektiv meiner Kamera eintreten und tauche in das faszinierende Rail-Movie mit seinen immer neuen Farben, Stimmungen und Rhythmen ein.


Barbara Erni