H o m m a g eàA u g u s t oG i a c o m e t t i
       
 

retour
index

 

Hommage à Augusto Giacometti

Une nuit, dans un bus qui traverse la ville de Hangzhou en Chine. Mais cela pourrait être n’importe quelle ville. Il pleut à verses. Le bus roule lentement, s’arrête aux feux. Peu de monde dans les rues.

Je ne bouge pas, je suis comme suspendue, dans un état de réceptivité détendue. Une sensation d’irréalité. Les lumières de la ville éclatent dans les gouttes qui glissent le long des vitres. Je sors mon appareil photo et je commence à faire des images. Ouverture maximale, sensibilité à 640 ASA, la moins élevée possible pour l’unité du grain, sous-exposition pour éviter que l’appareil compense le manque de lumière. Vitesse automatique car il faut être rapide pour capter les lumières et leurs reflets qui explosent dans les gouttes et dans l’objectif de ma caméra.

J’entre de plus en plus dans la nuit et dans le spectacle des lumières qui dansent avec la pluie. Je pense aux peintures de Augusto Giacometti au Musée des Beaux Arts de Coire que je visitais enfant avec par mon père. Je pense aux vitraux extraordinaires de la Martinskirche que je contemplais à longueur de catéchisme. Ces œuvres font partie de mes premières impressions artistiques. Ils ont profondément imprégné mon regard. Le monde comme feu d’artifice, composé d’éclats de lumière.

Au retour je me retrouve avec environ 150 photos. Il me faudra du temps pour me familiariser avec ces images parfois surprenantes. Je les visionne sur l’écran, je sors celles qui me paraissent intéressantes. A l’occasion je les ressors, je continue à les découvrir. Certains, assez discrets, m’ont échappées, d’autres qui m’ont tapé dans l’œil lors d’un premier tri sont éliminés. Je nomme les fichiers, je les classe pour les reprendre plus tard avec plus de distance. Au bout il en restera une trentaine pour faire en dernier choix avec des tirages qui me permettent d’avoir une vision d’ensemble, de composer une série qui pourra transmettre l’ambiance que j’ai essayé de capter.

Ces photos sont nées comme les strophes d’un poème, d’un jet, dans un élan, un événement assez rare à côté de la prose des sujets que je travaille parfois pendant des années. Impossible de refaire ou de compléter la série. Elle est née à un endroit et à un moment précis, dans une certaine lumière. Les images reflètent un élan, un état d’âme qu’il sera impossible de reproduire.

Mon père et moi partagions l’admiration pour Alberto et Augusto Giacometti. Ces Grisons cosmopolites au caractère fort nés dans une vallée profonde aux parois rocheuses granitiques font partie de ma famille artistique la plus proche.
Augusto Giacometti est mort une année avant ma naissance à l’âge que j’ai maintenant. Il y a toujours des cartes avec des reproductions de ses œuvres accrochées aux murs de mon atelier. Même si sur les photos il a l’air d’un monsieur distingué et un peu distant avec les bonnes manières du début du siècle passé, je lui parle en l’appelant par son prénom. Je ne manque pas de voir ou de revoir ses œuvres, de lui rendre visite quand l’occasion se prête.

Les taches de couleur sont dues à la diffraction de la lumière dans les gouttes d’eau sur la vitre et par un temps d’exposition lent.

 

Barbara Erni, 2019