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Arbres
Mon travail sur le sujet inépuisable de l’arbre s’est développé à partir de prises de vue sur les rives du Léman qui dégageaient une ambiance particulière. Certaines silhouettes me ramenaient à la forêt sauvage qui entourait le petit lac de montagne de mon enfance, aux contes et épopées germaniques et à la quête initiatique de leurs personnages, aux petits arbres en filigrane de la peinture italienne du Quattrocento, aux tableaux de Caspar David Friedrich…

Fragilisée par une série de coups durs, j’ai renoncé un temps aux voyages pour me concentrer sur mon environnement immédiat. La photographie est l’art de trouver l’étrange dans le familier et le familier dans l’étrange. J’ai photographié dans mon jardin : des fleurs, le cerisier devant ma porte et l’évolution d’un forsythia à travers les saisons. Mon déménagement en ville m’a paradoxalement rapprochée des arbres : les cèdres avec leurs vastes branches qui débordent sur les chemins, les platanes alignés le long des avenues, les tilleuls sous le pont qui diffusent leur odeur délicieuse, le ginkgo qui résiste au milieu du carrefour, les hautes futaies au bord du lac et les arbres fruitiers devant ma maison.

L’arbre, avec sa surface démultipliée et sa structure foisonnante, est un être majestueux à la fragilité cachée. Il vit dans un jeu constant de lumières et d’ombres, plein de ressources vitales, accueillant et rassurant le jour, et effrayant le soir, quand les détails disparaissent et qu’il ne reste que des silhouettes impénétrables.

Le monde d’aujourd’hui est frénétique et implacable : les horaires, les délais, les déplacements, le rendement, la consommation, l’information, les changements incessants, la peur de tomber sur le bas-côté et d’y rester. Les arbres existent sur une autre échelle de temps. Ils sont là. Ils se nourrissent d’air et d’eau, vivent seuls ou en groupe et forment un monde avec leur écorce, leurs feuilles, fleurs, fruits ou pives. Leurs branches abritent des insectes, des oiseaux et parfois des esprits et leurs racines s’associent aux champignons. Leur existence se prolonge dans le secret de la terre. Ils peuvent faire éclater le bitume et s’accrocher aux falaises les plus abruptes. Il y a ceux qui se raidissent en hiver, ceux dont les feuilles vibrent dans la lumière du printemps, ceux dont les couleurs éclatent en automne, ceux qui bougent dans le vent et ceux qui résistent. Exposés aux intempéries, aux éclairs, à la pollution, à la sécheresse, ils forment un monde silencieux et bruissant, protecteur et parfois inquiétant.

Barbara Erni, 2013

Bäume
Die ersten Fotos zum unerschöpflichen Thema Bäume entstanden bei Spaziergängen am Ufer des Lac Léman. Gewisse Aufnahmen versetzten mich wieder in den unberührten Wald meiner Kindheit zurück, der einen kleinen Bergsee umgab. Sie erinnerten mich an die germanischen Märchen und Sagen und die gefahrenvolle Suche ihrer Helden sowie an die filigranen Bäume der italienischen Maler des Quattrocento oder die Gemälde von Caspar David Friedrich.

Geschwächt durch eine Reihe von Schicksalsschlägen verzichtete ich einige Zeit aufs Reisen und konzentrierte mich auf meine unmittelbare Umgebung. Die Fotografie ist die Kunst, im Vertrauten das Eigenartige und im Fremden das Vertraute zu finden. Ich fotografierte in meinem Garten: Blumen, den Kirschbaum vor der Haustür oder die Forsythie im Laufe der Jahreszeiten. Der Umzug in die Stadt brachte mir die Bäume paradoxerweise näher: die Zedern, deren breite Äste über die Wege ragen, die Platanenreihe an der Avenue, die Linden, die ihren Duft über die Brücke verbreiten, die hohen Bäumgruppen am Seeufer und die Obstbäume vor meinem Haus.

Bäume sind majestätisches Wesen mit ihrer vervielfachten Oberfläche und ihrem Astgeflecht. Sie sind in ein andauerndes Spiel von Licht und Schatten getaucht, voll Leben. Ihre Verletzlichkeit ist meist nicht offensichtlich. Am Tag wirken sie freundlich und einladend und am Abend fühlen wir uns beunruhigt, wenn die Einzelheiten verschwinden und wir vor einer undurchdringlichen Silhouette stehen.

Das heutige Leben ist frenetisch und hart: Termine, Ortswechsel, Gewinn, Konsum, Information, dauernde Veränderungen, die Angst, nicht mithalten zu können, von der Gesellschaft ausgeschlossen zu werden und nicht mehr zurück zu finden. Die Bäume leben in anderen Zeiträumen. Sie sind da. Sie ernähren sich von Luft und Wasser, stehen allein oder in Gruppen und bilden mit ihrer Rinde, ihren Blättern, Blüten, Früchten oder Zapfen eine Welt für sich. Ihre Äste beherbergen Insekten, Vögel und manchmal auch Geister. Ihre Wurzeln leben in Symbiose mit Pilzen. Sie breiten sich für uns unsichtbar unter der Erde aus, können Beton sprengen und sich an den steilsten Klippen festhalten. Es gibt Bäume, die im Winter erstarren und solche, deren zarte Blätter im Frühling das Sonnenlicht durchscheinen lassen. Sie bleiben immer grün oder leuchten im Herbst in starken Farben. Gewisse beugen sich dem Wind und andere widerstehen ihm. Sie sind dem Wetter, den Blitzen, der Luftverschmutzung oder der Dürre ausgesetzt. Ihre rauschende Stille bietet Schutz und erscheint uns manchmal beängstigend.

Barbara Erni, 2013